Interview Figaro 27 Mars 2017 sur la Guyanne

La Guyane, «une région soumise à une pression migratoire énorme»

 

INTERVIEW – Pour le général Bertrand Soubelet, ancien numéro trois de la gendarmerie nationale et ancien patron de la gendarmerie d’outre-mer, «la Guyane vit dans un état de tension permanente».

Ancien numéro trois de la gendarmerie nationale, le général de corps d’armée Bertrand Soubelet (qui a rejoint l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron) s’était fait connaître le 18 décembre 2013 en déclarant, lors d’une audition parlementaire, que «l’insécurité et le sentiment d’insécurité ne cesseront d’augmenter tant que la réponse collective à la délinquance ne sera pas adaptée». Sanctionné pour ces propos, il fut muté à la tête de la gendarmerie d’outre-mer. C’est au titre de l’expérience acquise à ce poste (de septembre 2014 à avril 2016) qu’il réagit aux événements de Guyane.

 

LE FIGARO. – La fronde contre l’insécurité et la grogne sociale en Guyane vous ont-elles surpris?

 

Général Bertrand SOUBELET. – Non. La Guyane appartient à l’ensemble de l’outre-mer qui va mal. Elle se sent parfois oubliée par la métropole. Elle vit ce que vient de vivre Mayotte dans l’indifférence générale, avec des semaines de blocage du port de Longoni, des mouvements sociaux très durs.

 

Mais y a-t-il une spécificité guyanaise?

La Guyane est si vaste qu’elle est difficile à contrôler. Imaginez un espace de près de 84.000 km²! Cette région est soumise à une pression migratoire énorme qui vient des deux côtés: du Brésil, par le fleuve Oyapock, et du Suriname, par le Maroni. Saint-Laurent-du-Maroni sera bientôt la ville la plus peuplée de Guyane. Elle va dépasser Cayenne, avec plus de 50.000 habitants dans dix ans. Et je ne parle pas de l’immigration illégale!

Quelle est-elle?

C’est comme à Mayotte, on estime à 20 ou 25 % la population d’illégaux dans les secteurs les plus denses. Il n’y a pas de comptabilisation officielle. Dès lors, les projets publics négligent cette donnée. Ce qui créé d’énormes décalages entre les besoins de la population et la réponse publique. Comme d’autres, je l’ai dit aux ministres de l’Outre-mer que j’ai connus. Mais l’inertie est telle…

La gendarmerie n’a pas un savoir-faire dans les territoires lointains?

Bien sûr, mais on lui demande de plus en plus de prendre en charge les questions sociales. On transfère aux gendarmes la gestion de problèmes gigantesques largement dus à l’explosion des flux migratoires. On nous a demandé, il y a deux ans, de démanteler un campement de près de 3000 Haïtiens en périphérie de Cayenne. Nous avons accompli cette mission, mais nul n’est dupe. Ces personnes, après l’évacuation, sont bien allées quelque part.

 

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À propos de l'auteur: Maxime

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