Article dans Le Temps (Suisse) du 27 Mars 2017

«La cohésion sociale, seul rempart face à ces terroristes»

Pour le général de gendarmerie français Bertrand Soubelet, l’attentat de Londres et la tentative déjouée à Anvers confirment la mutation de la menace.

Le titre de son prochain livre résume le constat sévère de Bertrand Soubelet. Dans Sans autorité, quelle liberté? (Ed. de l’Observatoire), ce général de gendarmerie français connu pour avoir tiré le signal d’alarme dès 2013 s’interroge sur les moyens de lutter efficacement contre la prolifération des pulsions meurtrières dans nos sociétés. Des dérives dont profite l’islamisme radical qui, selon lui, n’a même plus besoin de recruter pour que des crimes soient perpétrés en son nom.

Après Londres et Anvers ces jours-ci, un an après les attentats de Bruxelles du 22 mars 2016, ce grand professionnel de la sécurité est persuadé que les nouveaux profils de terroristes changent radicalement la donne sécuritaire.

Le Temps: A Londres, un homme précipite son véhicule dans la foule sur le pont de Westminster, puis se rue dans le parlement britannique. A Anvers, un autre tente une attaque à la voiture-bélier dans la principale artère commerçante de la ville. Quelles conclusions en tirez-vous?

Bertrand Soubelet: Nous ne sommes pas face à des profils classiques de terroristes entraînés, organisés, qui répondent à des ordres précis comme ce fut le cas à Paris, le 13 novembre 2015, puis à Bruxelles voici un an. Les membres de ces commandos-là fonctionnaient d’une façon cohérente. On a pu remonter leur piste et, peu à peu, identifier tous les maillons de la chaîne. Le cas de Khalid Masood, à Londres, semble très différent. Tout comme celui de l’homme qui a tenté de lancer sa voiture dans la foule hier à Anvers. Nous sommes là face à des marginaux connus de la police pour faits de délinquance, qui cherchent d’abord à se donner la mort. Ils s’emparent de la bannière du terrorisme islamique pour exister une dernière fois dans leur vie qu’ils estiment sans doute ratée, gâchée. C’est le plus perturbant des scénarios. Ce ne sont pas des loups solitaires. Cela me fait surtout penser à l’attentat de Nice.

– L’attaque de Londres a néanmoins été revendiquée. Il s’agit donc bien de terrorisme…

– Daech, puisqu’il s’agit de cette organisation terroriste, sait désormais parfaitement s’approprier ce type de comportement à la fois erratique et criminel. Leur revendication est opportuniste. Nous ne sommes pas face à des actes dont l’origine est religieuse. Nous sommes face à un habillage religieux de dernière minute, point d’orgue d’une dérive existentielle. Ce fut le cas, aussi, pour les jeunes meurtriers de l’église Saint-Etienne-du-Rouvray, en juillet 2016.

– Expliquez-nous.

– L’homme qui a attaqué l’aéroport d’Orly, le week-end dernier, n’allait jamais à la mosquée. Son itinéraire devient celui d’un terroriste à partir de son interpellation par les policiers, le matin même, lors d’un contrôle de routine. Il tire, est blessé lors de la riposte des forces de sécurité, passe un coup de fil à son père pour dire qu’il a fait une «grosse bêtise», puis plonge dans le précipice meurtrier qui le conduit à Orly-Sud. Je pense que nous devons nous préparer, aussi, à affronter des loups solitaires organisés et entraînés. Ça nous guette. Mais ceux-là ne correspondent pas à ce profil.

– Vous êtes officier supérieur de gendarmerie, habitué à sécuriser les lieux publics. Comment se protéger?

– La police ne peut pas mettre hors d’état de nuire tous les délinquants susceptibles, un jour, de basculer dans ce type de terrorisme suicidaire. La seule réponse face à cette menace terroriste est la cohésion sociale. Plus il y aura de gens au fond du trou, désemparés, hypnotisés par les violences de Daech et la notoriété internationale dont dispose cette organisation, plus nous risquerons de voir surgir ce type de criminels, souvent déclassés et parfois alcoolisés ou drogués. Je me souviens qu’après le 13 novembre, puis le 14 juillet à Nice, les méthodes de la police française ont été contestées. Cette fois, Londres a été attaquée. La parade sécuritaire totale n’existe pas.

 

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À propos de l'auteur: Maxime

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